Crise financière : Privatisation des bénéfices, socialisation des pertes

Alors que la crise financière s’aggrave un peu plus chaque jour suite aux joutes spéculatives des banques et autres fonds d’investissements, le Trésor américain et la Réserve fédérale américaine (Fed, banque centrale américaine) ont annoncé dimanche un plan d’action pour éviter l’effondrement de deux géants yankee du secteur du re-financement de crédit.

D’aucuns qualifieraient cela de « politique du pansement » : lorsque le Trésor américain et la Fed annoncent un « plan d’action immédiat » afin d’éviter la faillite de Freddie Mac et Fannie Mae (deux géants du refinancement de crédit, qui à eux seuls détiennent ou garantissent 45 % de l’encourt actuel des prêts immobiliers aux Etats-Unis), on se trouve en face d’une politique qui vise uniquement à réparer les erreurs a posteriori. Certes, c’est ici une plaie béante, proche de la gangrène, plutôt qu’une lésion bénigne, que doivent soigner les autorités américaines. Toutefois, on peut se demander si en garantissant une bouée de sauvetage aux établissements de crédit à chaque fois qu’ils se seront sciemment jetés à l’eau, Washington ne leur rend pas un bien mauvais service.

Ce nouvel avatar de la crise financière met en lumière l’un des problèmes systémiques révélé par les « subprimes » : l’absence de toute limite aux risques pris par les spéculateurs. Dénoncé depuis de longues années par de nombreux chercheurs en économie proches de réseaux du type ATTAC, cette critique est désormais reprise, jusque dans les éditoriaux du quotidien new-yorkais des affaires The Wall Street Journal (et notamment celui en date du 12 juillet), pourtant peu suspect d’accointances avec ce type de pensée. Ce journal dénonçait samedi le fait que « les profits [ndlr : des établissements de crédit] sont privatisés et leurs risques socialisés ».

Depuis le début de la crise financière en effet, il y a une avalanche d’exemples de sociétés de crédit hypothécaire qui ont fait faillite ou cessé partiellement leur activité : en Allemagne, ce sont la banque IKB et l’Institut public SachsenLB qui ont été sauvé d’extrême justesse. L’Angleterre a dû nationaliser la banque Northen Rock tombée en faillite. Aux Etats-Unis, ce sont le fonds Carlyle Capital Corporation ou encore (le lendemain !) la prestigieuse banque BearStearns qui se sont effondrés, cette dernière appelant à l’aide la Fed pour obtenir un re-financement d’urgence. Le sauvetage de Freddie Mac et à Fannie Mae, intervenu ce weekend du 14 juillet, n’est donc que l’épisode le plus récent d’un feuilleton qui commence à se distinguer… par sa durée.

Lorsque ces banques et fonds d’investissements, tous privés, approchent de la faillite pour avoir trop spéculé, pour avoir à ce point acquis des actifs risqués sous formes de créances titrisées qu’elles ne savent même plus de quoi sont composés leurs portefeuilles d’actions, leur sauvetage est réalisé grâce à l’intervention massive des pouvoirs publics. On retrouve la privatisation des bénéfices et la socialisation des pertes. Et cette dernière est quasi-indispensable, parce qu’un même établissement fait de l’assurance, du dépôt, de l’épargne, de la spéculation, de la banque d’investissement, de la banque d’affaires, et que ces activités sont liées. Si l’une des activités « tombe » (par exemple, l’activité spéculative), elle entraîne toutes les autres dans sa chute. Ainsi, le client lambda d’une banque qui bénéficiera de ses activités de dépôt ou d’épargne sera irrémédiablement victime si les activités spéculatives de cet établissement le conduisent à la faillite. Système quasi-infaillible qui assure le sauvetage perpétuel, hier de Northen Rock, aujourd’hui de Freddie Mac et Fannie Mae.

Et demain ? Le Crédit Agricole, à l’occasion d’un conseil d’administration, discute aujourd’hui de la démission de son directeur général, Georges Pauget, ainsi que du départ éventuel du président du groupe, René Carron. Au meilleur de la journée, le CAC 40 cotait à un indice de 4110 points. Il faut remonter à mai 2005 pour trouver un indice aussi bas. La crise financière bat son plein, et Freddie Mac et Fannie Mae ne seront certainement pas les dernières victimes, d’autant plus que les banques vont bientôt commencer à publier leurs résultats du deuxième trimestre, ce qui laisse augurer de nouvelles dépréciations d’actifs… et donc risque d’entraîner une nouvelle panique boursière. Si l’on ne connaît pas encore le nom du prochain établissement sauvé de la noyade, que les actionnaires se rassurent toutefois : nul doute que faute de changement radical de politique économique, et en l’absence d’une réglementation plus contraignante, il y aura à nouveau des repêchages, et leurs portefeuilles seront à peine éclaboussés. L’argent public, par contre, va continuer à être englouti.

Source www.humanite.fr



Le Sarkozysme, un télé-populisme ?

 

Entretien avec Pierre Musso Le professeur de sciences de l’information et de la communication à l’université Rennes-II critique l’idée d’un « télé-populisme » sarkozyste. Pour lui, ce genre de discours fait peu de cas de la dimension symbolique du politique, dont la force de frappe est justement démultipliée par le « sarkoberlusconisme ».

Pourquoi Nicolas Sarkozy souhaite-t-il, selon vous, que le prochain directeur de France Télévisions soit nommé en Conseil des ministres, c’est-àdire par ses soins ? Comment caractériseriez-vous son rapport aux médias ?

Pierre Musso Tout le monde sait que le politique est lié aux directions de médias. C’est valable pour Nicolas Sarkozy, mais aussi pour Silvio Berlusconi. Celui-ci est même un grand patron de médias, propriétaire de trois chaînes de télévision généraliste qui représentent environ 40 % de l’audience en Italie. Mais ce qui compte pour ces politiques n’est pas tant la propriété des médias que la maîtrise des techniques audiovisuelles. À la tête des mêmes chaînes, Silvio Berlusconi a certes gagné trois fois les élections dans son pays, mais il les a aussi perdues deux fois. Donc, n’établissons pas de liens mécaniques. L’émetteur de l’information n’est jamais tout puissant, et le récepteur n’est jamais passif, contrairement à ce que suggèrent les théorisations sur le « télé-populisme  », en vogue dans une partie de la gauche radicale. Ce qui intéresse Nicolas Sarkozy, comme Silvio Berlusconi, c’est la captation de l’imaginaire populaire et de l’attention des publics. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer la volonté de maîtrise du service public de l’information, ainsi que les multiples interventions dans le champ des médias privés. Le but, chaque jour, est de faire l’agenda et l’événement, pour structurer le débat public autour de sa personne. Le « sarkoberlusconien  » devient ainsi l’animateur et le maître du débat. Une autre préoccupation est de transformer le réel en récit et de le mêler à la fiction. Il faut raconter des histoires, se raconter soi-même. C’est le principe du « storytelling », selon l’expression de Christian Salmon. Sarkozy a bien compris que, pour structurer l’imaginaire populaire à son profit, il doit psychologiser toutes les relations sociales et politiques. Il faut même associer les téléspectateurs à la narration, selon le principe de la télé réalité. On s’identifie à celui qui a réussi et on élimine le perdant. C’est là le cœur du sarkoberlusconisme. À travers ce phénomène, on observe que le politique devient de l’audiovisuel continué par d’autres moyens. C’est moins le politique qui veut contrôler la télé, que la télé qui capture le politique. Quand Sarkozy dit qu’il souhaite nommer le futur président de France Télévisions, ce n’est pas un simple retour à l’ORTF, à une information contrôlée. Ce qui intéresse Sarkozy, c’est la totalité des programmes, fictions incluses. Il s’agit précisément de brouiller les frontières entre information et fiction, comme le fait avec un certain talent le JT de 13 heures de TF1.

Au-delà d’un certain rapport aux techniques médiatiques, qu’est-ce qui permet de parler de sarkoberlusconisme ? Quel est le fond politique de ce phénomène que vous identifiez dans votre livre (1) ?

Pierre Musso Silvio Berlusconi est un chef d’entreprise. Il a passé trente ans de sa vie dans le monde de l’entreprise. Partant, sa caractéristique majeure est d’importer la culture de l’entreprise dans le champ du politique. Nicolas Sarkozy a un autre parcours. Il a gravi les échelons d’un parti de masse avant d’accéder à l’Élysée. Il est entré dans le parti néo gaulliste à dix-huit ans. Nicolas Sarkozy est un politique traditionnel, alors que Silvio Berlusconi est un non-politique qui vient dans le politique. Mais Sarkozy reprend précisément cette innovation de Berlusconi. Tous deux se positionnent sur le mode de l’antipolitique à l’intérieur du politique. C’est ce qui permet de capter la critique populaire du pouvoir, et de la retourner au profit du pouvoir. Le sarkoberlusconisme, c’est l’antipolitique en politique. C’est aussi comme cela que je définirais le « néolibéralisme  » contemporain. Nous sommes confrontés à une critique radicale de l’État providence, de l’État social, à partir d’une idéologie managériale, qui encense l’efficacité technique, la gestion efficiente et pratique le culte de l’argent, à l’instar de l’éthique protestante des pays d’Europe du Nord. L’enjeu du « sarkoberlusconisme » est d’introduire du thatchérisme, une sorte de contractualisme marchand, dans des pays latins, de droit romain, où c’est encore la loi qui prime sur le contrat. Depuis la chute du mur de Berlin, entraînant le déclin des partis communistes en France et en Italie, ce processus d’extension du thatchérisme est devenu possible.

« Ce qui intéresse Nicolas Sarkozy, comme Silvio Berlusconi, c’est la captation de l’imaginaire populaire et de l’attention des publics. »

Les communistes français et italiens doivent-ils se sentir plus particulièrement interpellés par le sarkoberlusconisme que les autres forces de gauche ?

Pierre Musso La tâche que je me suis fixée est d’identifier un certain type de capitalisme en émergence, le capitalisme latin, où une certaine morale catholique valorisant le travail est instrumentalisée et détournée. Et ce mouvement transforme en profondeur l’État providence tel qu’il s’est structuré dans les rapports de forces du XXe siècle (1917, 1936, 1945, 1968… jusqu’à la chute du mur). Ce que j’explique, c’est que le sarkoberlusconisme attaque l’État providence, mais propose aussi quelque chose à la place : la culture, voire le culte, de l’entreprise, l’idée que nous serions dans une « nationentreprise  ». Il propose un rôle particulier à l’État, en plus de l’aspect sécuritaire : celui de soutenir les entreprises qualifiées de « champions nationaux » qui se projettent à l’extérieur du pays à la conquête de nouveaux marchés, dans la guerre économique mondiale. Dans ce contexte, une véritable symbolique se met en place pour gouverner en agitant toutes les peurs (peur de l’insécurité, de la précarité, de l’effet de serre…). La peur appelle « l’homme providentiel », qui déclare redresser le pays. « Je vais sauver Naples, le sud de l’Italie enlisé dans les difficultés économiques, parce que moi, je suis un chef d’entreprise, et non un professeur d’université comme Romano Prodi… », disait en substance Berlusconi. Sarkozy s’inscrit dans le même type de référence compassionnelle au secours des victimes. Et la gauche française n’a pas compris l’importance de ce travail de la droite sur la symbolique politique. Quand Sarkozy parle de la valeur travail, qu’il prétend défendre, la gauche a tendance à répondre en termes d’« emplois ». Or le travail, ce n’est pas que de l’emploi, c’est du sens, l’épanouissement individuel, etc. La droite a su mobiliser ces signifiants positifs du travail ou du changement, dont la gauche était jusqu’alors perçue comme dépositaire légitime. Elle a su renverser de l’intérieur les valeurs de l’adversaire.

Comment la gauche devrait-elle selon vous réagir  ?

Pierre Musso Ce que j’observe, c’est qu’elle élabore des programmes, continue de s’interroger sur l’opportunité ou non d’un SMIC à 1 500 euros. Elle rentre avec la droite dans une course à l’efficacité technico-économique. Mais elle tombe en fait dans un piège. Les programmes sont nécessaires, mais l’essentiel du problème porte sur la symbolique, sur la façon dont on structure l’imaginaire collectif. Quelle est aujourd’hui la symbolique de la gauche ? Est-ce, par exemple, l’idée de progrès ? Celle de résistance, de changement, voire de révolution ? Il faut l’expliciter, et la confronter au « présentisme » sarkoberlusconien consistant à mobiliser chaque jour l’attention des citoyens autour d’un événement dont il est le protagoniste et même, si possible, le héros. C’est d’autant plus nécessaire que ce culte du présent et de l’urgence correspond aussi à une évolution des modes de vie, une sorte d’« accélération » de la vie quotidienne. En tous cas, la gauche ne peut pas entamer une reconquête populaire si elle ne se construit pas une nouvelle symbolique, à partir de la confrontation de ses valeurs historiques au monde contemporain.

Entretien réalisé par Gael De Santis et Laurent Etre pour L’Humanité des Débats du Samedi 12 Juillet.

(1) Pierre Musso a publié récemment Le sarkoberlusconisme. Éditions de l’Aube, 2008.

Source : www.humanite.fr



Tract – CONSTITUTION : Attention danger !

 

Tract - CONSTITUTION : Attention danger !

Le 21 juillet 2008, le Président Sarkozy tentera de faire adopter par le congrès son projet de révision constitutionnelle. Le texte proposé constitue une menace grave pour notre démocratie. C’est une réforme sur mesure pour Sarkozy, faite pour donner à un Président qui veut décider de tout, les moyens légaux d’accroître ses pouvoirs.

À télécharger

La Constitution est un texte fondamental. Elle organise la répartition des pouvoirs et le fonctionnement des grandes institutions qui en sont dépositaires. Alors que toute modification importante devrait être soumise au débat et au vote des citoyens par référendum, Sarkozy fait passer son projet au coeur de l’été, sans véritable débat national sur les enjeux immenses de cette réforme piège.

Une réforme piège…

Piège parce qu’elle réduit les pouvoirs du Parlement au profit de ceux de l’exécutif et du Président de la République :

● en réduisant le droit d’amendement des parlementaires ;
● en permettant au chef de l’État de décider des interventions armées sans vote du Parlement ;
● en donnant au Président de la République la possibilité de s’exprimer devant les Assemblées sans que celles-ci aient les moyens de sanctionner ce discours par un vote ;
● en enfermant la politique budgétaire dans des contraintes gravées dans le marbre constitutionnel qui empêchent l’état d’agir ;

Au final, en faisant du Président de la République le véritable chef du gouvernement, la réforme exonère celui-ci de tout contrôle du Parlement sur son action et ses décisions. Bref, de quoi donner à Sarkozy les moyens d’aller encore plus vite et encore plus fort dans sa politique de mauvais coups.

… qui peut être déjouée

La gauche peut faire échec à cette logique. C’est son devoir de s’opposer à une réforme qui ferait de Sarkozy, le chef d’État occidental aux pouvoirs les plus étendus, plus encore que ceux dévolus par le régime présidentiel des Etats-Unis. Le 21 juillet, pas une voix des parlementaires de gauche ne doit manquer pour empêcher ce coup porté à la démocratie : face à un tel danger, si on est de gauche on vote non ! Les parlementaires communistes y sont résolus.

Pour une République sociale et participative

Au lieu de concentrer encore plus de pouvoir entre les mains d’un seul, les communistes proposent de donner beaucoup de pouvoirs nouveaux aux citoyennes et aux citoyens. Pour se faire entendre réellement. Pour que les décisions soient prises dans l’intérêt de tous, et non de quelques uns.

Une République démocratique où le Parlement retrouve sa légitimité et ses pouvoirs
● Élections à la proportionnelle
● Limitation du cumul des mandats et parité
● Droit de vote des étrangers résidents aux élections locales et européennes
● Obligation de consulter le Parlement sur les choix européens et internationaux
● Profonde démocratisation du Sénat
● Respect du pluralisme par les médias, notamment le service public

Une république participative, où les citoyen-nes aient des pouvoirs réels d’intervention directe
● Rendre la démocratie participative constitutionnelle et doter les collectivités des moyens pour favoriser la participation citoyenne ;
● Associer les citoyens aux décisions budgétaires des collectivités et rendre obligatoires des comptes rendus réguliers de mandat des élus ;
● Reconnaître le droit au référendum d’initiative citoyenne (localement et nationalement)

Une république sociale, où les salarié-es puissent faire respecter leurs droits et leurs intérêts dans les entreprises
● élargir les droits collectifs des syndicats et des institutions représentatives du personnel ;
● permettre aux salariés et à leurs syndicats d’intervenir sur les choix et proposer des stratégies alternatives, ● permettre aux représentants de la collectivité de faire valoir les aspects territoriaux et environnementaux.
● mise en place d’un cadre public légal de contrôle des grandes entreprises, permettant notamment de conditionner les subventions ou marchés publics au respect de clauses sociales et environnementales.

Plus de pouvoirs au Président ? Non ! Plus de pouvoirs aux citoyens ?
Oui !

 

source : www.pcf.fr



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